ekam sat viprāh bahudhā vadanti RV 1.164.46
(la vérité est Une, les sages l’appellent de diverses manières)

Pratiquer

Je compare souvent la pratique à la randonnée en montagne.

On peut marcher en groupe, mais au fond, chacun avance seul. Très vite, le mental se met au travail. Il fait trop froid, trop chaud. La montée est trop raide. Je suis trop lente. Si seulement j’avais les longues jambes de Rob… tout serait plus facile.

Pratiquer dans un shala n’est pas si différent.

On regarde les pratiquants avancés. Ils semblent traverser lea séries sans effort. On imagine qu’avec leur force, leur souplesse ou leurs années de pratique, tout leur est devenu simple.

Mais il nous faut nous reconcentrer sur notre propre chemin, fournir notre propre effort.

Le seul travail consiste à revenir à ce qui est là. Un pas après l’autre. Un souffle après l’autre. Trouver son rythme. Dépenser juste l’énergie nécessaire. Laisser l’ego commenter sans lui répondre.

Puis, parfois, quelque chose s’ouvre.

Pour moi, ce sont des moments très particuliers. Les mots arrivent.

Le reste du temps, mon esprit est rarement silencieux. J’organise, je planifie, je relie des idées, je déconstruis des concepts. J’intellectualise presque tout ce que je vis. Le dialogue intérieur est permanent.

Pendant la pratique, lorsque l’effort demande toute mon attention, cette agitation finit parfois par s’épuiser. Ce n’est pas vraiment le silence. C’est plutôt un espace.

Et dans cet espace, les mots remontent.

Ils ne ressemblent pas aux pensées habituelles. Je n’ai pas l’impression de les fabriquer. Ils émergent simplement, comme s’ils attendaient que le bruit retombe pour apparaître.

Certaines personnes trouvent cet espace immobiles, en méditation. Chez moi, il surgit souvent en mouvement, au détour d’un sentier ou au milieu d’une série d’Ashtanga.

C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles je continue de pratiquer.


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