ekam sat viprāh bahudhā vadanti RV 1.164.46
(la vérité est Une, les sages l’appellent de diverses manières)

Mon yoga n’est pas neutre

Mon yoga n’est pas neutre.
Mon yoga n’est pas apolitique.
Mon yoga n’est pas centré uniquement sur moi.

Je ne suis pas une ascète. Je vis dans le monde. J’appartiens à plusieurs groupes, plusieurs réalités sociales.
Ma pratique est un outil d’observation. Elle met en lumière des schémas. Elle permet, parfois, de les transformer.

Et transformer, c’est politique. Que cela nous plaise ou non.

Ma pratique soutient mes engagements. Elle nourrit mes prises de position, mes désaccords, mes actes. Elle soutient aussi mes doutes et mon désir d’apprendre.
Tout cela est politique.

Dire que le yoga permet de “trouver sa lumière intérieure” et de la diffuser autour de soi me met mal à l’aise si cela reste au niveau des mots.
Parler de “pensée positive” ou de “good vibes” comme solution universelle me semble au mieux naïf, au pire paresseux.

Tout n’est pas entre nos mains. Nous vivons dans des systèmes.
Penser positivement ne suffit pas à transformer ces réalités.

Shanna Small l’exprime avec une clarté brutale :
« Cette “lumière et cet amour” que la communauté yoga envoie… ça ne fonctionne pas. Cela n’a pas atteint George Floyd alors qu’il luttait pour respirer sous le genou d’un policier blanc. Cela n’a pas atteint Ahmaud Arbery, assassiné par des hommes blancs pendant sa course matinale. Votre amour et votre lumière ne sont pas un bouclier. »

Développer plus d’attention et de bienveillance est précieux. Mais cela ne suffit pas.
Sans étude, sans remise en question, sans action, cela reste contenu dans un cercle déjà existant.

C’est pour cela que j’étudie.
Le racisme systémique. Le sexisme. Les discriminations. Les logiques d’exploitation du vivant.

Je ne peux pas séparer ma pratique de ces réalités.

Observer ses propres schémas est essentiel. Mais ces schémas ne naissent pas dans le vide.
Ils sont aussi le produit d’un contexte social que nous avons intégré.

Je veux m’en souvenir, en tant que pratiquante et qu’enseignante.


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